On peut se demander d'où me vient cet amour du petit noir

et ce besoin de prendre place sur une table au fond de la salle.

On peut se demander quand j'ai commencé à griffonner dans mon coin

des mots éparpillés, des portraits matinaux,

des éclats de vie chipés sur les comptoirs.

Les années collège étaient là.

Je l'attendais chaque matin.

Je m'installais sur la vieille banquette de Skaï rouge

emmitouflée dans ma doudoune fleurie.

Je réchauffais mes mains contre la tasse en regardant par la vitrine,

espérant qu'elle arrive vite pour que l'on puisse se raconter

nos secrets de la nuit, nos rêves.

Je souriais en l'apercevant qui pédalait comme une folle,

poussée par le froid du petit jour et

ce besoin de me voir encore, toujours.

Le patron lui apportait son café sans qu'elle ne l'ait demandé.

On piquait des fous rires en voyant prendre place

les figures indéracinables, ceux pour qui le ballon

de rouge remplaçait le chocolat chaud.

On les aimait bien au fond...

On avait 14 ans, la vie devant et le désir d'un ailleurs, d'autre chose.

Pourtant, depuis, je n'ai cessé inconsciemment

de faire renaître ces instants, de les revivre, de sentir

encore l'odeur de l'arabica qui se mêle à celle de nos premières cigarettes.

De bar en bar, de tasse en tasse, je suis la route qui me ramène vers ces années.

De café en café, je ne cesse de la retrouver.

 

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Alors, mes amis, penser que demain elle sera sur le quai ce n'est que du bonheur.

Je vous souhaite une belle fin de semaine

et un merveilleux week end.

 

 

 

 

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