Ce matin, je me suis levée avec le besoin de retrouver le bruit
des verres, l'odeur du petit noir serré, le journal qui passe de mains
en mains.
J'ai envie d'une petite table un peu à part comme un poste d'observation
à l'abri des regards. J'ai envie de ressortir mon carnet aux pages griffonnées
et d'y étaler un ressenti, des brides de phrases, des mots éparses.
On m'apportera une tasse fumante sans même que j'ai besoin de la demander.
On me sourira, me fera des bises amicales, des poignées de mains de courtoisie,
des hochements de tête sans me voir.
On me demandera des nouvelles des filles sans trop écouter la réponse.
Il fera chaud, je serai un peu engourdie.
En fond du brouhaha, un peu de musique dont on ne s'aperçoit de l'existence
que quand on éteint la radio, une vieille chanson que la patronne se mettra à fredonner.
Je serai bien.
J'épierai les mimiques, les intonations de voix. Je me remplierai de tous ces êtres
de passage qui s'appuient au comptoir comme à une parenthèse de la vie. Je serai complice
de cet arrêt dans le temps, dans ce refuge anonyme où l'on oublie de juger. Complice
de cet instant égoïste où chacun reprend son souffle.
Et, je ferai mine de me perdre sur la page blanche.


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Belle semaine à vous tous.

 


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